Linda Tuloup est une photographe qui vit et travaille à Paris. À travers ses séries photographiques, elle développe une pratique artistique singulière où elle explore la relation qu’elle entretient avec la nature et l’image du féminin.
Le livre Brûlure est une expérience, une initiation secrète, une traversée du feu. Une tentative de saisir le point de feu qui marque une substance comme l’instant d’amour marque une existence. Dès les premières pages, sans trop savoir où nous allons, voilà que nous progressons lentement sur un chemin de brûlure et de métamorphoses. Nous traversons des paysages, des corps, des forêts, des scintillements, une rivière, le temps – à travers quelques détails de peintures anciennes et un geste qui se répète. Comme dans La divine comédie de Dante, Brûlure de Linda Tuloup, mis en page par le graphiste Ruedi Baur, nous entraîne lentement dans l’obscure clarté où l’être ne finit jamais d’errer. Avec ses images délicates, la photographe pousse nos corps et nos âmes dans les constellations de l’être, dans la question éternelle, dans l’éternelle nécessité de l’être. Les brûlures qu’elle risque sont là afin que les images se chargent d’aura bien plus qu’elles ne disparaissent. Lorsqu’elles brûlent, soudain en leur centre, une amande incise s’ouvre afin qu’accouche un autre territoire. Linda Tuloup traque l’insaisissable. Chacune et chacun tournent autour d’un tel espace entre flamme et cendre.
Une fois le livre refermé, plâne au-dessus de nous le fantôme de la « question sans réponse » de Georges Bataille : « L’immensité, comme toi, n’a pas de robe. Silencieuse et nue, n’est-ce pas l’intimité de l’univers à laquelle t’ouvre un vertige intolérable ? ».
Texte de Colin Lemoine
Design de Ruedi Baur